Tine Suykerbuyk
Comment offrir aux jeunes les meilleures chances de s'épanouir ? Selon la juge pour enfants Tine Suykerbuyk, une bonne prise en charge ne repose pas sur le contrôle ou la punition, mais sur la confiance.
Un bon encadrement aide les jeunes à prendre leurs responsabilités, sans pression ni jugement.
Tine Suykerbuyk
Les jeunes ont besoin d'un soutien qui les rende plus forts, leur apprenne à assumer leurs responsabilités et leur offre des perspectives d'avenir. Cette vision en dit long non seulement sur la protection de la jeunesse, mais aussi sur la société que nous souhaitons construire.
Nombreux sont les jeunes qui comparaissent devant le tribunal pour enfants qui n'ont pas eu suffisamment d'occasions de grandir en toute sécurité. Leur histoire soulève une question plus large : comment, en tant que société, garantir l'épanouissement des jeunes, même dans les moments difficiles ?
Juge pour enfants à Bruxelles, Tine Suykerbuyk constate chaque jour l'impact positif d'un accompagnement. Non pas en prenant en charge leurs problèmes, mais en leur laissant l'espace nécessaire pour apprendre à faire leurs propres choix.
Un accompagnement de qualité renforce les jeunes et la société
Un accompagnement de qualité repose sur différents piliers. Il protège les jeunes, mais leur offre aussi la possibilité de grandir en toute autonomie. « Un accompagnement de qualité ne crée pas de dépendance. Il donne aux jeunes les outils pour construire leur propre vie.»
Cela exige du temps et de la confiance. Même lorsque l'aide est obligatoire, il est essentiel que les jeunes *et* leurs parents comprennent pourquoi cette aide est nécessaire. Ce n'est qu'en acceptant d'être accompagnés que les comportements ancrés peuvent être rompus.
De nombreux jeunes ont encore besoin de soutien même après leur dix-huitième anniversaire. C'est pourquoi Suykerbuyk considère comme un point positif le fait qu'un nombre croissant de jeunes adultes puissent continuer à bénéficier d'un accompagnement volontaire. « Grandir ne s'arrête pas à dix-huit ans. Certains jeunes ont besoin d'un peu plus de temps pour gagner en autonomie. »
Un accompagnement de qualité exige une approche personnalisée
Chaque jeune n'a pas les mêmes besoins. C'est pourquoi une approche unique est insuffisante. Certains jeunes peuvent être accompagnés à domicile, tandis que d'autres se sentent mieux ailleurs temporairement. « Les enfants préfèrent rester chez eux. Mais parfois, aussi difficile que cela puisse être, il est préférable de leur offrir temporairement un autre lieu sûr. »
Ces dernières années, l'accent a été mis sur l'accompagnement ambulatoire, permettant aux jeunes de continuer à vivre chez eux autant que possible. C'est souvent un bon choix, mais pas dans toutes les situations.
C'est pourquoi, selon Suykerbuyk, il est important de continuer à valoriser les différentes formes d'accompagnement. L'hébergement en établissement ou en famille d'accueil peut offrir à certains jeunes la tranquillité et la stabilité dont ils ont besoin. Une prise en charge de qualité ne repose pas sur le système, mais sur la question de savoir ce dont le jeune a besoin pour se reconstruire. « Chacun est unique.» La prise en charge doit partir des besoins du jeune, et non du système.
Une prise en charge de qualité ne crée pas de dépendance. Elle donne aux jeunes les outils nécessaires pour construire leur propre vie.
Tine Suykerbuyk
Les jeunes ne se détachent pas de leur environnement
Les défis auxquels les jeunes sont confrontés sont indissociables de la société dans laquelle ils grandissent. Les familles sont sous pression, les attentes sont élevées et de nombreux parents tentent de tout gérer au quotidien.
« Élever des enfants demande du temps, de l'attention et de la sérénité. C'est précisément là que réside une grande partie de la pression aujourd'hui. » Les familles vulnérables, en particulier, atteignent leurs limites plus rapidement. Elles ont souvent moins de possibilités de solliciter de l'aide ou de se répartir les tâches liées à la prise en charge des enfants. Cela a également un impact sur les enfants et les jeunes.
Une prise en charge de qualité signifie donc aussi renforcer les familles. Les parents restent les personnes les plus importantes dans la vie de leurs enfants, mais les écoles, les services sociaux et les structures d'accueil des jeunes peuvent faire la différence lorsque les familles ont besoin de soutien. « Les parents restent les personnes les plus importantes dans la vie de leurs enfants. Notre mission est de les soutenir, non de les remplacer. »
Les soins sont une responsabilité partagée
La prise en charge n'est jamais la responsabilité d'une seule organisation. Selon Suykerbuyk, une prise en charge de qualité résulte d'une collaboration entre les secteurs de l'éducation, de la protection sociale, de la santé et de la justice autour d'un même jeune. Elle observe des exemples encourageants d'organisations unissant leurs forces pour mieux soutenir les familles. Ces initiatives s'appuient sur l'expérience pratique et répondent aux besoins réels des familles. « Les projets les plus intéressants naissent souvent de la persévérance à chercher des solutions, même lorsque le système est défaillant. »
D'après elle, ces collaborations méritent un soutien accru. Non pas en imposant des règles supplémentaires, mais en laissant la place à des initiatives qui ont déjà prouvé leur valeur ajoutée.
Les soins requièrent proximité et clarté
Une prise en charge de qualité ne se résume pas à la chaleur humaine et à la compréhension. Les jeunes ont également besoin de structure, de prévisibilité et de limites claires. « Prendre soin, c'est parfois aussi dire ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. C'est précisément cette clarté qui procure à de nombreux jeunes un sentiment de stabilité. »
Cette combinaison d'implication et d'attentes claires aide les jeunes à prendre leurs responsabilités. Prendre soin ne signifie pas tout contrôler, mais accompagner les personnes dans leur cheminement vers l'autonomie. C'est pourquoi Suykerbuyk utilise souvent l'image d'une main tendue. « Nous tendons la main aux jeunes. Non pas pour les retenir, mais pour les aider à trouver leur propre voie. »
La résilience se développe lorsque l'on offre des opportunités
Malgré les difficultés qu'elle rencontre au quotidien, Tine Suykerbuyk continue de croire en la force des jeunes et des familles. « Chaque jour, je vois des gens persévérer, malgré tout. Cela me touche profondément. »
Elle pense aux jeunes qui, après des années difficiles, reprennent leurs études, trouvent un emploi ou fondent une famille. Leur parcours est rarement sans obstacles, mais cela ne rend pas leur histoire moins précieuse. « La vie est rarement un long fleuve tranquille. C'est un chemin fait de chutes et de relèvements. Cela vaut pour tout le monde. »
Selon Suykerbuyk, nous oublions parfois trop vite la résilience dont les gens peuvent faire preuve lorsqu'ils reçoivent le soutien adéquat. C'est précisément pourquoi investir dans la protection de la jeunesse reste si important : non seulement pour résoudre les problèmes, mais aussi pour offrir des perspectives d'avenir.
Une société bienveillante laisse de l'espace aux jeunes
Les jeunes d'aujourd'hui grandissent dans une société complexe. Pourtant, Suykerbuyk constate chaque jour qu'avec un accompagnement approprié, ils peuvent trouver leur voie. « Tout n'a pas besoin d'être parfait. » L'important, c'est que les jeunes aient la possibilité de s'épanouir à leur propre rythme. Pour elle, une société bienveillante repose sur la confiance : confiance envers les jeunes, leurs parents et ceux qui les accompagnent. Cela implique aussi d'accepter qu'un processus de guérison ne soit pas toujours linéaire. « Lorsque nous responsabilisons les jeunes et que nous continuons à les soutenir, des opportunités se présentent pour faire une réelle différence.»
Un accompagnement de qualité va donc au-delà d'une simple aide ponctuelle. Il crée un espace où les jeunes peuvent grandir, prendre leurs responsabilités et retrouver confiance. C'est une responsabilité qui incombe non seulement aux services de protection de l'enfance, mais à la société dans son ensemble.
Tout ne doit pas être parfait. L'important, c'est que les jeunes aient la possibilité de grandir à leur propre rythme.
Tine Suykerbuyk