Interview

Jean Macq

Jean Macq est professeur de santé publique à l'UCLouvain et ses recherches portent sur l'amélioration de l'organisation des soins de santé. Selon lui, on accorde aujourd'hui trop d'importance aux procédures techniques et pas assez aux relations humaines.

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Les soins sont axés sur la proximité

Prendre réellement soin de quelqu’un signifie que cette personne se sent écoutée, respectée et comprise. Cela ne fonctionne que lorsque les prestataires de soins sont proches des gens et connaissent leur situation.

C'est pourquoi les médecins généralistes, les infirmières à domicile, les pharmaciens, les travailleurs sociaux et les aides familiales sont si importants. Ils travaillent là où vivent les gens et peuvent rapidement reconnaître les besoins.

Pourtant, ces professions sont souvent insuffisamment reconnues. Leur travail est moins visible que les interventions médicales dans un hôpital et les résultats sont plus difficiles à mesurer.

Tout ce qui compte n'est pas mesurable

Notre système de santé accorde une grande importance à l'efficacité et aux résultats mesurables. Cela explique en partie la place centrale qu'occupent les hôpitaux. Cependant, selon Jean Macq, cette approche a ses limites.

« La santé n'est pas mesurable. Nous devons nous éloigner de l'obsession de l'efficacité immédiate et privilégier une approche durable.»

Les soins de santé exigent du temps : du temps pour écouter, instaurer la confiance et chercher ensemble des solutions. Ce temps fait souvent défaut aujourd'hui.

Les soins aigus restent importants, mais pour une meilleure santé à long terme, des soins primaires solides sont tout aussi indispensables.

Un système de santé robuste

Selon Jean Macq, il est essentiel de viser non seulement l'efficacité, mais aussi la robustesse. Un système robuste peut absorber les changements et continuer à bien fonctionner même dans des circonstances difficiles.

Cela requiert une collaboration entre les différents professionnels de santé. Chacun n'a pas forcément les mêmes responsabilités, mais l'accès aux soins doit être possible de diverses manières. La vaccination en est un bon exemple : médecins généralistes, infirmiers et pharmaciens peuvent tous y contribuer.

Le besoin d'une personne de confiance permanente

De nombreux patients se sentent aujourd'hui perdus dans le système de santé complexe, où interviennent de nombreux professionnels de santé.

C'est pourquoi Jean Macq souligne l'importance d'un référent désigné. Cette personne oriente les patients, clarifie les informations et les aide à faire des choix éclairés concernant leur santé.

Ce rôle peut être assumé par un médecin généraliste, un infirmier, un pharmacien ou tout autre professionnel de santé ayant une vision globale du patient.

Les soins sont aussi une tâche de la société

Selon Jean Macq, nous avons de plus en plus externalisé les soins auprès d'organisations professionnelles. De ce fait, nous risquons d'oublier que chacun peut contribuer à prendre soin des autres.

Prendre soin des enfants, des membres de sa famille, des voisins ou des amis mérite d'être davantage valorisé. Cela renforce non seulement les individus, mais aussi la société dans son ensemble.

« La solidarité a peu à peu cédé la place à la méritocratie. Nous devons réapprendre à prendre soin des autres. »

Les retraités peuvent également jouer un rôle important à cet égard. Leur contribution reste trop souvent sous-utilisée aujourd'hui.

Assumer nos responsabilités ensemble

Les soins de qualité ne concernent pas seulement les patients individuellement, mais aussi les quartiers et les communautés.

Lorsque les professionnels de la santé, les organismes sociaux et les services locaux collaborent, ils peuvent mieux répondre aux besoins d'un quartier. Il en résulte une société plus forte, plus résiliente et en meilleure santé.

Pour Jean Macq, c'est là l'essence même des soins de demain : plus de proximité, plus de collaboration et une plus grande attention portée à la relation humaine.