INTERVIEW

Inge Vervotte

Le secteur de la santé est sous pression. Le vieillissement de la population, la complexité croissante des besoins en soins et la pénurie de personnel sont autant de facteurs qui expliquent cette situation. Pourtant, selon Inge Vervotte, il ne faut pas réduire la santé à de simples chiffres, à l'efficacité ou aux économies réalisées. « Bien soigner, c'est bien plus que guérir. Parfois, on ne peut pas résoudre un problème, mais on peut être présent pour quelqu'un. » Inge Vervotte est directrice générale d'Emmaüs, un groupe d'organismes de santé. Elle constate chaque jour l'importance de cette proximité humaine.

Tout le monde ne guérit pas

Nombreuses sont les personnes qui nécessitent des soins de longue durée. Les personnes en situation de handicap, souffrant de troubles mentaux ou confrontées à des situations familiales difficiles ne guérissent pas toujours. Pourtant, elles aussi méritent des soins de qualité. « Il ne faut pas réduire les soins à une simple guérison », affirme Vervotte. « Parfois, les soins consistent à écouter, à soutenir et à traverser ensemble les périodes difficiles. » Selon elle, cela représente un défi majeur pour notre société. Les personnes en difficulté ne sont pas toujours comprises, même si le simple fait de survivre est souvent une immense victoire pour elles.

L'aide arrive parfois trop tard

Vervotte constate des problèmes particulièrement criants dans le domaine de la santé mentale. Les gens sentent leur état se dégrader et cherchent de l'aide. Cependant, ils se heurtent souvent à des listes d'attente ou à des procédures complexes. De ce fait, certaines personnes ne consultent un professionnel de santé que lorsque leur situation est devenue critique. « Toute personne qui cherche de l'aide doit pouvoir la recevoir dès qu'elle en a besoin. » C'est pourquoi Vervotte estime que les professionnels de santé devraient davantage partager leurs connaissances dans le débat public. Ils sont souvent les mieux placés pour savoir ce qui fonctionne et ce qui fait défaut.

Les petites structures sont souvent plus efficaces

Vervotte croit fermement aux soins à petite échelle. « Les petites initiatives sont proches des gens. Elles connaissent leur quartier et peuvent répondre plus rapidement aux besoins. » Elle constate une augmentation du nombre de projets où la collaboration est humaine et accessible. Selon elle, ces initiatives méritent d'être soutenues sans être entravées par la bureaucratie. La confiance doit retrouver une place plus importante dans le système de santé.

La justice est essentielle

L'accès aux soins doit être un droit pour tous. Mais les besoins en matière de soutien varient. « Certaines personnes ont besoin de plus d'aide que d'autres. Il faut en tenir compte. » Les personnes vivant dans la pauvreté ou confrontées à de multiples difficultés ont souvent davantage de problèmes de santé. C'est pourquoi, selon Vervotte, les politiques de santé doivent accorder une attention particulière aux groupes vulnérables.

Prendre soin des autres est l'affaire de tous

Des soins de qualité ne se limitent pas aux hôpitaux ou aux établissements d'hébergement pour personnes âgées. « Une société solidaire a besoin de personnes qui veillent les unes sur les autres. » Vervotte s'inquiète d'une société où les droits individuels priment et où le sens de la communauté est mis à rude épreuve. Selon elle, la solidarité demeure essentielle pour que les soins restent abordables et humains.

Apprécier aussi l'aide informelle

Nombreuses sont les personnes qui prennent soin bénévolement d'un conjoint, d'un parent, d'un enfant ou d'un voisin. Cette aide informelle est indispensable, mais reste souvent invisible. Selon Vervotte, nous devons davantage reconnaître cet engagement. Sans cette aide, le système de soins serait encore plus sous pression.

Retour à l'essentiel

À la fin de la conversation, Vervotte revient sur ce que signifie vraiment prendre soin des autres pour elle. « Prendre soin des autres commence lorsqu'on voit qu'une personne a besoin d'aide et qu'on décide d'agir. » Cela ne nécessite pas toujours de grandes solutions. Parfois, il suffit d'écouter, d'être présent ou de tendre la main. « Faites confiance aux personnes qui veulent prendre soin des autres », dit-elle. « Laissez-leur l'espace nécessaire pour le faire. »