Bieke Purnelle
Pour certains, une semaine de travail plus courte relève du rêve. Pourtant, selon Bieke Purnelle, elle peut avoir un impact considérable, non seulement pour les employés, mais aussi pour la société dans son ensemble. En effet, disposer de plus de temps permet de mieux s'occuper de ses enfants, de ses parents, de ses voisins ou de ses amis.
L'entraide cimente la société
« L'entraide est le ciment de notre société », affirme Bieke Purnelle, directrice du centre de connaissances RoSa. Sans entraide, une communauté se désagrège. Quand on pense à l'entraide, on imagine souvent des parents qui veillent sur leurs enfants ou des infirmières qui soignent les malades. Mais l'entraide, c'est bien plus que cela. C'est aussi un voisin qui vous rend service, quelqu'un qui fait les courses pour un ami malade, ou des parents qui s'organisent pour la garde de leurs enfants.
« C'était plus naturel avant », explique Bieke. « Ma mère a vécu dans la même rue pendant 55 ans. Si sa pelouse avait besoin d'être tondue, un voisin le faisait parfois spontanément, sans qu'elle ait rien demandé. » Selon elle, cette entraide spontanée est aujourd'hui menacée.
Nous manquons de temps
Les gens travaillent beaucoup, ont des emplois du temps chargés et doivent concilier travail et vie de famille. De ce fait, il leur reste peu de temps pour les autres. « Beaucoup de gens rentrent chez eux épuisés. Il leur reste encore à cuisiner, à faire le ménage et à s'occuper des enfants. Il leur reste alors peu d'énergie pour être présents pour autrui. » Selon Bieke, le temps est donc un facteur essentiel. Si les gens travaillaient moins, par exemple 30 ou 32 heures par semaine, il y aurait davantage de temps pour l'entraide et la solidarité.
Les soins sont sous-estimés
Les soins sont indispensables, mais souvent peu reconnus. C'est particulièrement vrai pour les soins non rémunérés. Ceux qui travaillent moins pour s'occuper d'un enfant, d'un parent ou d'un conjoint en subissent souvent les conséquences. Cela peut avoir un impact sur leurs revenus, leur carrière ou leur retraite. Les femmes, en particulier, assument encore aujourd'hui la majorité des responsabilités liées aux soins. De ce fait, elles sont plus fréquemment confrontées au stress, à l'épuisement professionnel ou à des difficultés financières.
Une semaine de travail plus courte offre des opportunités
Selon Bieke, une semaine de travail plus courte peut faciliter l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Plusieurs projets pilotes montrent que les employés sont souvent moins stressés et plus satisfaits. Les employeurs peuvent également en constater les avantages : les employés sont plus motivés et moins sujets aux arrêts maladie. Une semaine de travail plus courte ne résout pas tous les problèmes, mais elle peut y contribuer.
Le problème dépasse le cadre individuel
Aujourd'hui, on attend souvent des gens qu'ils résolvent leurs problèmes eux-mêmes. Or, tout le monde ne dispose pas d'un réseau solide ni de ressources suffisantes. « De nombreux problèmes de société sont reportés sur les familles », explique Bieke. « Alors qu'il s'agit en réalité d'une responsabilité partagée.» On observe le même phénomène dans le secteur de la santé. Les infirmières, les éducateurs et les autres professionnels des soins sont soumis à une forte pression. Souvent, il ne s'agit pas seulement d'une question de salaire, mais surtout d'un manque de temps et d'une charge de travail excessive.
Quel est le coût de l'inaction ?
Selon Bieke, on s'intéresse souvent au coût des solutions, mais beaucoup moins à celui de l'inaction. Le stress et l'épuisement professionnel entraînent des absences prolongées. On constate une pénurie d'infirmières, d'enseignants et d'éducateurs. Pourtant, d'après elle, trop peu de recherches sont menées sur les raisons de ces nombreux abandons. « Si nous ne nous attaquons pas aux causes, nous continuerons à lutter contre les problèmes sans trouver de véritables solutions. »
Le changement commence par une vision différente des soins
Bieke plaide pour une conception plus large des soins. Non seulement comme une activité qui se déroule à domicile ou à l'hôpital, mais comme une responsabilité de la société tout entière. « La façon dont nous utilisons notre temps révèle nos valeurs », affirme-t-elle. « En consacrant plus de temps aux autres, nous investissons dans une société plus humaine. »
Selon elle, la semaine de travail réduite n'est pas une solution miracle. Mais elle peut permettre de dégager plus de temps, d'attention et de soins. Et, au final, tout le monde en profite.